Quand j’ai lancé ŌKAN, j’apprenais tout juste la modélisation et les contraintes liées à la création d’un bijou. J’avais la vision : des lignes signées et gracieuses, des volumes sculpturaux, des bijoux capables de donner de la fierté et de l’assurance.
Les pierres, en revanche, m’intimidaient.
Elles appartenaient, dans mon esprit, à un monde dont je ne maîtrisais pas tous les codes. Celui de la haute joaillerie, des gemmologues, des connaissances transmises de génération en génération. Je ne me sentais pas vraiment légitime à m’en emparer. Alors, pendant longtemps, je les ai laissées de côté.
C’est assez paradoxal, car la couleur a toujours occupé une place importante dans ma vie.
Pendant mes années chez Armani Beauty, j’ai appris à observer la manière dont les teintes se répondent, s’équilibrent ou se réveillent les unes les autres. J’ai appris qu’un infime changement de nuance pouvait tout transformer. Mais il m’a fallu du temps pour comprendre que je n’avais pas besoin d’aborder les pierres comme tout le monde. Je pouvais les faire entrer dans l’univers d’ŌKAN à ma manière.
Avec NIJI, je ne voulais pas qu’une pierre prenne le pas sur la forme.
Je voulais qu’elle vienne se placer là où on ne l’attend pas, dans un dialogue facétieux avec la ligne du bijou. L’introduction de billes dans mon univers avec l’édition YŪGI a comme réveillé mon âme d’enfant. Les idées ont commencé à affluer. Et si la bille changeait de matière, et si elle se parait de couleur ? L’atelier a tout de suite cherché des solutions pour que je puisse réaliser mon rêve, sertir les billes de couleur directement en boutique, en fonction de tes envies. Nous avons cherché, testé et recommencé jusqu’à mettre au point le bon mécanisme.
De mon côté, j’ai cherché le bon fournisseur de pierres. Une amie sculptrice puis une autre gemmologue me mirent sur la voie. Puis, il a fallu trouver le bon diamètre. Je voulais absolument des billes de cinq millimètres, une dimension presque impossible à trouver puisque les pierres sont généralement proposées en quatre ou six millimètres. J’ai finalement opté pour le 6mm qui donne plus de prestance sur la main.
Puis est venu le choix des couleurs.
J’ai comparé les nuances de bleu jusqu’à trouver celle qui évoquait à la fois le denim, la mer et les ciels d’été : la cyanite s’est imposée à moi. J’ai écarté les verts trop sages ou trop foncés pour retenir une jadéite vive et acidulée. Cherché un corail suffisamment lumineux, puis une kunzite dont la douceur ne disparaisse pas au contact du métal. J’ai également prêté attention à la provenance des pierres, afin d’éviter de m’approvisionner dans des pays en conflit.
L’édition NIJI est née de ce travail, mais aussi d’un déclic plus personnel : comprendre que la légitimité ne précède pas toujours le geste. Il faut s’autoriser à faire les choses et comprendre que la légitimité n’est pas acquise, elle se construit par l’expérience et l’apprentissage, dans le temps.
Ce qui me rend fière aujourd’hui n’est pas seulement d’avoir enfin introduit des pierres dans mes créations. C’est d’avoir trouvé une façon de le faire qui ressemble vraiment à ŌKAN : sculpturale, instinctive et irrévérencieuse.
Si tu es arrivée jusqu’ici, merci d’avoir pris le temps de me lire. J’espère que tu comprends désormais à quel point cette édition est précieuse à mes yeux — et, surtout, qu’elle te plaît autant que j’ai aimé l’imaginer.
Belle soirée,
Margaux